Jeudi 13 octobre 2011
En ouverture des 6èmes Assises du Développement durable, Martin MALVY, Président de la Région Midi-Pyrénées, souligne que cette session s’appuie sur 1 126 contributions, dont le nombre dépasse largement l’objectif fixé initialement à 1 000 contributions. Ces nombreuses contributions illustrent l’action des collectivités territoriales dans le domaine du développement durable.
Les témoignages qui seront apportés, les expériences et les initiatives qui seront présentées permettront de préparer le mémorandum des collectivités, document qui sera délivré à l’occasion du sommet Rio+20 qui se tiendra au printemps 2012. L’action des collectivités territoriales et des associations doit être soulignée, alors qu’en 2009, l’Organisation des Nations Unies estimait que 70 % des actions menées en faveur du développement durable étaient portées par les collectivités et notamment par les Régions.
Table ronde "Notre civilisation est-elle durable ? "
Débat en présence de :
Martin MALVY, ancien ministre, Président de la Région Midi-Pyrénées
Yann MOULIER-BOUTANG, économiste, écrivain
Dominique DRON, déléguée interministérielle, Commissaire générale au développement durable
Christiane TAUBIRA, Conseillère régionale et députée de la Guyane
Jérôme CLÉMENT, écrivain
Élisabeth PASTOR-RIESS, conseillère en développement durable
Xavier de BAYSER, économiste, écrivain
Jean-Louis ÉTIENNE, explorateur
L’homme est venu bouleverser l’équilibre écologique de la planète, dont il surconsomme les ressources, tout en recyclant peu. Il doit aujourd’hui réintégrer l’écosystème terrestre. Pour cela, il serait vain de vouloir agir sur tous les paramètres du fonctionnement naturel et climatique. Avant toute chose, l’homme doit être conscient des paramètres sur lesquels il serait susceptible d’agir en bien. Dans cette évolution, il est fondamental de porter un regard qui dépasse la simple valeur monétaire des choses. Les ressources, les espèces et les espaces naturels présentent pour l’homme et la société une valeur et un aspect fondamental que nous ne saurions monétiser. Cette évolution est possible, puisque chacun d’entre nous peut changer les choses, par ses comportements du quotidien. De plus en plus, les citoyens souhaitent mieux vivre, de manière plus raisonnée. Cet équilibre personnel, il le juge nécessaire au bien-vivre ensemble. Le développement durable passe par là, par la somme d’actes individuels, locaux, mais concrets. Les comportements évoluent, mais ils évoluent souvent de manière plus rapide que le cadre - parfois rigide - des institutions.
I. L’homme, animal ingénieux, mais surconsommateur
Jean-Louis ÉTIENNE commence par souligner le caractère ingénieux de l’homme. Il considère ce dernier comme un mutant surdoué. L’homme trouve toujours des solutions ingénieuses, et pourtant il surconsomme et se révèle être un piètre recycleur. Il sort ainsi de l’écosystème de la Terre. Pour le réintégrer, l’homme doit se laisser guider par sa conscience. Il doit également utiliser sa capacité, toujours démontrée, à produire toujours davantage avec de moins en moins de matières premières.II. Le changement pour le développement durable : une question dépassant largement le cadre de la technique
Ce changement, présenté comme nécessaire, passe également par une évolution des comportements et non pas uniquement des développements techniques. Selon Dominique DRON, une génération, soit environ 25 ans, est nécessaire pour faire évoluer les comportements. D’après Dominique DRON, il est primordial d’identifier au préalable les paramètres sur lesquels l’homme pourra influer.Yann MOULIER-BOUTANG, quant à lui, considère la question du développement durable au travers du prisme économique et de la vision portée sur la valorisation des choses. Il appuie son propos en évoquant les abeilles et leur valeur économique. En se limitant au miel qu’elles produisent, les abeilles vaudraient 1 milliard de dollars par an. Si l’on tient compte également de la pollinisation des fruits, des légumes et des espaces naturels, cet exercice de calcul pourrait aboutir à une valorisation plus de 1 000 fois supérieure.
L’exemple des abeilles doit amener chacun à s’interroger sur la définition de la richesse. Pour Yann MOULIER-BOUTANG, il est absolument nécessaire de bousculer la manière dont l’économie et les statistiques sont enseignées. Il est également primordial de modifier les comportements de chacun, afin que la mobilisation pour le développement durable parte du local, de la base, grâce à des solutions simples, pratiques et intelligentes. Il s’agirait pour lui d’une nouvelle donne sociale.
III. L’évolution des comportements : une nouvelle donne sociale
Cette nouvelle donne sociale, Xavier de BAYSER l’illustre par un exemple concret, à savoir un fonds mis en place au sein de l’entreprise Danone. La moitié des 20 000 salariés de l’entreprise a adhéré à ce dispositif, ayant permis d’aider des microyaourtheries du Bangladesh. Cette initiative est venue mobiliser les salariés et les citoyens, lesquels ont ainsi adopté une attitude positive en faisant preuve d’altruisme.En d’autres termes, chacun peut changer les choses. Le changement des comportements, s’il concourt finalement au bien-vivre ensemble, résulte au départ des préoccupations personnelles des citoyens. Élisabeth PASTOR-RIESS y voit une certaine forme « d’égologisme ». Les citoyens, en souhaitant se recentrer sur les valeurs essentielles et tendre vers une consommation plus raisonnée, privilégient les produits de qualité et modifient leurs habitudes et leurs réflexes en matière de transport. Pour les citoyens, le développement durable passe avant tout par des actions concrètes et palpables, au-delà des grands discours qui suscitent de plus en plus leur scepticisme.
Ces comportements, s’ils évoluent, doivent vraiment changer radicalement si la planète souhaite éviter la catastrophe. Selon Martin MALVY, les citoyens ont désormais pris la mesure du risque climatique. Ce changement environnemental n’est plus un spectacle ; il est devenu une réalité palpable. Il est cependant nécessaire d’aller encore plus loin et d’amener chacun à comprendre que la civilisation actuelle peut tout à fait disparaître, comme d’autres civilisations, même les plus brillantes, ont péri avant elle. Afin d’éviter une telle catastrophe, la planète a besoin de l’action de tous, d’une action concrète, d’une action locale. Sur ce point, Martin MALVY cite une série d’initiatives de la région Midi-Pyrénées : plan rail, isolation des logements, aide au passage à la production agricole biologique, aide à l’installation de chauffe-eaux solaires, etc. L’ensemble de ces actions œuvre au développement durable.
D’énormes changements s’avèrent donc nécessaires. Si l’évolution des comportements apparaît comme impensable à première vue, elle pourrait tout à fait être réalisable. Dominique DRON établit un parallèle avec la construction européenne, après 1945. À cette époque, ce qui allait devenir l’Union Européenne semblait impensable, mais les citoyens ont voulu s’affranchir des erreurs du passé et tendre vers un nouvel avenir. Cette prise de conscience des populations constitue une problématique de premier plan. Yann MOULIER-BOUTANG souligne en effet que les comportements évoluent parfois plus rapidement que les structures de la société, qu’ils finissent par bouleverser ; l’Histoire l’a clairement démontré.
Il est donc possible et finalement indispensable d’entrer dans un Nouveau Monde. Cette mutation est rendue nécessaire par la raréfaction de l’énergie. En quelques dizaines d’années, la population des pays industrialisés est passée de 1 à 4 milliards d’habitants. La ressource s’est quant à elle raréfiée, ce qui a eu impact fortement haussier sur son prix, et ce dans un contexte où les pays en voie de développement souhaitent accéder au niveau et au mode de vie des pays les plus riches. L’Europe et le monde occidental doivent cependant avoir conscience du pouvoir qui est le leur, à savoir celui de montrer au reste du monde ce qu’il est préférable de faire lorsqu’on est riche. Ce pouvoir devrait se transformer en devoir d’exemple.
Table ronde "Agir localement : quelle société pour demain ?"
Présentation de l’appel à contributions :
Françoise DEDIEU-CASTIES, Vice-présidente de la Région Midi-Pyrénées
Cas pratiques :
Jean-François CARON , Maire de Loos-en-Gohelle, Président de la commission "transformation écologique et sociale" de la Région Nord-Pas-de-Calais
Véronique MARENDAT , Réseau Cittaslow, Maire de Segonzac (Charente)
Gérard POUJADE , Maire de Le Séquestre, Conseiller régional Midi-Pyrénées
Débat en présence de :
Pascal CANFIN, Député européen, Vice-président de la commission spéciale sur la crise financière
Pierre COHEN, Député-maire de Toulouse
Marie-Noëlle LIENEMANN, ancienne ministre, Sénatrice
Riccardo PETRELLA, économiste spécialiste des biens communs
Jacques RAVAILLAULT, directeur exécutif action territoriale ADEME
Le temps du passage de la réflexion à l’action semble être venu. Les citoyens sont de plus en plus nombreux à refuser cette perte du bien commun et du bien-vivre ensemble. Ils se prennent en main pour agir et retrouver le contrôle de leur futur ; diverses expériences locales en attestent. Des actions concrètes et visibles doivent être engagées, de manière à responsabiliser les citoyens et non pas seulement leur permettre de s’exprimer. Le développement durable résulte ainsi d’évolutions sociologiques et sociétales, davantage que de prouesses techniques. Ces évolutions doivent néanmoins s’inscrire dans le cadre d’une démarche intégrée et systémique. Les expériences et initiatives, quelles que soient leurs qualités, doivent trouver une cohérence dans leur territoire et être reliées les unes aux autres. La ville quant à elle, si elle doit se densifier, doit rester source d’équité et de mobilisation des énergies. C’est ainsi, par une vision intégrée du territoire et par une mise en valeur des initiatives concrètes, que nous parviendrons à dégager des résultats dépassant la somme des résultats individuels.
Françoise DEDIEU-CASTIES considère les 1 126 contributions reçues dans la perspective des Assises du Développement Durable comme n’étant que la partie visible de l’iceberg. Au-delà de ces actions, beaucoup d’autres initiatives ne demandent qu’à émerger et à être connues de tous. Il est également à noter que les contributions reçues laissent une grande place aux préoccupations sociales.
I. Les citoyens, des acteurs responsables du développement durable
Jean-François CARON, Maire de Loos-en-Gohelle, présente une démarche de développement durable et de responsabilisation des citoyens. Sa commune se trouve dans un territoire ayant été marqué par 150 années de développement minier, c'est-à-dire de développement non durable. La démarche qu’il présente montre que le développement ne pourra être durable que s’il est porté par des évolutions sociologiques. Ces dernières sont bien plus importantes que les évolutions techniques. Les habitants, quant à eux, doivent être les acteurs d’une démarche intégrée et transversale. Ils ne doivent pas seulement s’exprimer au sein d’une démocratie participative, mais se responsabiliser et prendre part aux décisions.À Loos-en-Gohelle, les habitants ont également pu « toucher du doigt » les conséquences concrètes d’une politique de développement durable, à commencer par les économies d’énergie grâce aux travaux d’isolation. Au final, cette responsabilisation des citoyens et le caractère concret des actions engagées ont débouché sur des taux de participation historiques aux élections, mais également une baisse sensible des actives d’incivilité et des plaintes entre voisins. Cet exemple illustre parfaitement l’importance des comportements individuels dans le développement durable et dans le renforcement de l’intérêt général.
II. Cittaslow : le temps d’une pause
Véronique MARENDAT représente la ville de Segonzac, ayant adhéré à la charte Cittaslow. Cet état d’esprit, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne consiste pas à être lent, mais à instaurer des temps de pause, des moments de réflexion distanciée. Cette charte permet aux communes qui le souhaitent d’être labellisées. La charte comprend 70 critères transversaux, regroupés au sein de plusieurs thématiques comme l’environnement, l’urbanisme, les infrastructures, la valorisation du local, les commerces de proximité et l’hospitalité.III. Un développement durable plus juste
Gérard POUJADE, maire du Séquestre dans le département du Tarn, présente à son tour les actions pratiques mises en place par son équipe en faveur du développement durable. Le prix du mètre cube d’eau, plutôt que d’être dégressif, a vu son niveau de taxes augmenter au fur et à mesure du niveau de consommation. Dans un contexte où les économies d’eau et d’énergie sont recherchées, il est apparu plus logique de moins taxer les plus modestes, au contraire de ceux qui remplissent leur piscine. La commune du Séquestre, tout en se trouvant dans une zone marquée par le développement de l’habitat pavillonnaire, a par ailleurs réduit les surfaces constructibles, en allant jusqu’à exclure celles qui se situaient à plus de 300 mètres des différents réseaux : transports, énergie, etc.IV. Le mouvement citoyen, un prérequis devant être porté par une volonté politique
Pour Riccardo PETRELLA, ces exemples montrent que les citoyens essaient de prendre en main leur propre avenir. La destruction du vivre ensemble est devenue tellement structurelle que les citoyens ont exprimé leur ras-le-bol. Ils ont travaillé ensemble pour se réapproprier le bien commun qui leur avait été subtilisé.Jacques RAVAILLAULT considère cependant que même si d’énormes progrès ont été accomplis au cours de la décennie passée, le passage à une généralisation de ces expériences n’est pas pour demain. Selon Jacques RAVAILLAULT, il sera avant tout nécessaire de définir des doctrines fortes et de permettre le portage politique des projets. Si les progrès techniques et l’évolution des comportements restent nécessaires, la volonté politique constitue un facteur incontournable.
Cette volonté politique doit par ailleurs s’accompagner d’une vision intégrée des territoires, afin que les projets innovants prennent sens. Par exemple, un bâtiment HQE (Haute Qualité Environnementale), construit à grande distance des lieux de vie ou de consommation, impliquerait finalement des consommations importantes d’énergie.
V. Le développement durable doit être pratique et désirable
Marie-Noëlle LIENEMANN voit dans l’appropriation du bien commun et du bien public une source importante de développement durable. Elle s’appuie sur l’exemple d’Aubagne, où la gratuité des transports en commun a permis d’en renforcer l’utilisation, mais également d’y faire baisser considérablement les actes d’incivilité. Plus généralement, le développement durable doit revêtir une dimension pratique pour les citoyens ; il doit être compris de tous et ne pas représenter une contrainte supplémentaire. Les citoyens doivent être informés et être en mesure d’effectuer un choix technologique, par exemple en matière d’isolation du logement.Pascal CANFIN va même plus loin dans son discours, en affirmant que le développement durable doit être désirable, c'est-à-dire qu’il doit présenter un intérêt et une valeur. Ce développement durable, pour lui, doit également être porté par des normes, c'est-à-dire des procédures et des règles. Ce sont ces leviers qui permettront d’apporter un changement en profondeur. Ce changement aurait pu être envisagé juste avant la crise économique, laquelle est venue refermer « une fenêtre de temps ». Pour rouvrir cette fenêtre, la société aura besoin à la fois de donner de l’intérêt et de la valeur au développement durable, tout en l’encadrant par des normes.
Vendredi 14 octobre 2011
Table ronde "Restitution des travaux d’ateliers. Valeur ajoutée, obstacles et perspectives"
Denis CHEISSOUX
Anne Marie FONTAINE
Débat en présence de :
Pervenche BERES , Députée européenne
Gilles BERHAULT , Président du Comité 21 pour l’environnement et le développement durable Jacques BONJAWO , scientifique
Bruno GENTY , Président de France Nature Environnement
Catherine JEANDEL , océanographe, conseillère régionale Midi-Pyrénées
Christian SAUTTER , ancien ministre, Président de l’association France Active
Les ateliers ont permis d’évoquer de nombreuses initiatives innovantes et de poser les facteurs nécessaires au développement. Il a notamment été question du covoiturage en milieu rural ou du développement des circuits courts, qui permettent notamment de créer ou de maintenir des emplois. L’emploi pourrait d’ailleurs constituer un indicateur pertinent de suivi des politiques, plutôt que de résumer l’ensemble des indicateurs à un suivi de la dégradation de l’écosystème. Les groupes de travail s’insurgent par ailleurs contre la société du jetable, le raisonnement à court terme des entreprises et le système de l’obsolescence programmée. Le consommateur doit être mieux informé s’il souhaite réellement dépasser son caractère schizophrène, à savoir la recherche du meilleur rapport qualité/prix associée à un discours axé sur la protection de la planète. Au total, les différentes initiatives ont les plus grandes chances de réussir lorsqu’elles se basent sur une certaine créativité. Pour se généraliser, ce mouvement d’innovation doit rencontrer une volonté politique forte. Les techniques nécessaires à la transition énergétique existent déjà, mais doivent être promues au niveau politique.
Denis CHEISSOUX et Anne-Marie FONTAINE dressent la liste des préoccupations, des réflexions et des projets mis en avant par les différents ateliers. Ils citent en premier lieu le projet « covoiturons sur le pouce », permettant de limiter les trajets individuels en zone rurale. La ville quant à elle doit être dense, afin de limiter également les déplacements ; le modèle du pavillonnaire à outrance est aujourd'hui rejeté. Les ateliers soulignent également l’importance de la préservation de la nature. Ils se sont par ailleurs focalisés sur l’intérêt des circuits courts, ces derniers permettant de limiter les déplacements, mais également de créer ou de préserver des emplois locaux. Sur ce point, il est important de veiller à ne pas faire l’amalgame entre les circuits courts et les produits biologiques, lesquels peuvent venir de l’autre bout du monde.
Plus généralement, la créativité est présentée comme étant un facteur de réussite dans les projets lancés, davantage que les moyens financiers à disposition. L’université virtuelle, ayant été développée en Afrique, montre qu’avec des moyens limités, mais avec une dose d’inventivité et une bonne gestion, il est possible d’atteindre des résultats intéressants.
Les ateliers pointent également la nécessaire fin de la société du jetable. Il ressort également de leurs travaux que l’implication et la responsabilisation des citoyens, tout en constituant un moyen d’apprentissage et de promotion sociale, permettent aux projets d’être plus efficaces. Ceci étant dit, il reste nécessaire d’explorer la capacité et l’envie de chacun à dépasser ses propres préoccupations.
À ce sujet, Bruno GENTY estime qu’il est nécessaire de mettre en place des systèmes de contribution prenant mieux en compte l’impact sur l’état de l’environnement. Ces leviers financiers constituent le seul moyen pour réduire la distance entre le producteur et l’acheteur. Le second est parfois schizophrène, puisque ses actes d’achat ne répondent pas à ses souhaits de protection de la planète. Dans cette perspective, il est évidemment nécessaire d’informer le consommateur de manière transparente et claire. Pour Bruno GENTY, ce consommateur est également un citoyen, lequel devra disposer d’un nouveau statut, de manière à dépasser le concept bien connu de la démocratie participative.
Catherine JEANDEL note, pour sa part, que la démocratie participative ou contributive ne peut s'appuyer que sur des populations qui se sont approprié les questions. Pour cela, la formation tout au long de la vie est fondamentale. En outre, les hommes et les femmes politiques devront prendre leur part et présenter la volonté nécessaire à la mise en place de tous les dispositifs favorisant le développement durable.
En matière de politiques publiques, il semble nécessaire aux yeux de Bruno GENTY de faire évoluer les indicateurs écologiques tels qu’ils sont connus aujourd'hui. Plutôt que de mesurer la dégradation de l’environnement, il pourrait être pertinent de mesurer l’action positive des politiques publiques, par exemple en évaluant le niveau de dégradation qu’elles permettent d’éviter.
Selon Christian SAUTTER, l’efficacité des politiques publiques pourrait également être mesurée en termes d’emplois créés ou maintenus. En Midi-Pyrénées, France Active a permis de créer ou de consolider 800 emplois, notamment dans le cadre du développement des circuits courts. Une fois encore, ces initiatives et ces effets positifs peuvent être obtenus sans moyens colossaux à disposition.
Denis CHEISSOUX et Anne-Marie FONTAINE reviennent ensuite sur la restitution des ateliers de réflexion. L’énergie n’est pas considérée comme un problème technique, mais comme une question politique. Malgré l’inertie des acteurs actuellement constatée, il ne semble pas exister de fatalité ; tout est question de volonté et d’évolution des comportements. Les ateliers remarquent d’ailleurs que dans certains cas, la volonté et la légitimité des décisions l’emportent sur le caractère légal. En effet, certaines collectivités ont mis en place des clauses d’environnement et d’insertion sociale, bien avant leur légalisation, ce qui pose une question sur la rigidité des Codes des Marchés.
Pervenche BERES revient ensuite sur des questions plus générales et, notamment, l’impact négatif des politiques court-termistes des États et des entreprises. La prégnance exagérée des objectifs de rendement à court terme pose un problème général. Dans le même temps, la politique de l’obsolescence programmée de produits, au-delà des questions économiques, amène des problématiques considérables de gestion des déchets. Gilles BERHAULT en vient à penser que l’un des grands enjeux consiste bien à opérer une rupture du modèle économique. Il s’agit de passer d’une économie de la possession à une économie de l’usage. Ainsi, le fabricant aurait intérêt à rallonger la durée de vie de ses produits.
Bruno GENTY observe ensuite que les opérations susceptibles d’être menées en matière d’isolation des logements n’auraient pas qu’un effet sur le niveau de consommation d’énergie ; elles permettraient également de créer des emplois locaux, non délocalisables. Dans les Pyrénées-Orientales, l’instauration du bus à 1 euro a permis de renforcer considérablement la fréquentation des transports en commun. Ainsi, le nombre de voyageurs est venu compenser la baisse de la recette par voyageur. Avec ce type de projet inventif, le développement durable ne coûte rien à la société.
Pour Bruno GENTY, il convient toutefois d’agir pour le développement durable avec raison. Plutôt que de rendre stériles les terrains qui pourraient accueillir des éoliennes, il serait envisageable d’imposer des panneaux solaires au sein des surfaces commerciales.
Table ronde "Perspectives Rio+20"
Denis CHEISSOUX
Débat en présence de :
Ronan DANTEC, Sénateur, Vice-président Nantes Métropole, Président de la Commission environnement et développement durable de l'Association Française du Conseil des Communes et Régions d'Europe
François Xavier DEMOURES, représentant Michelle SABBAN, Présidente de l’Assemblée des Régions d’Europe
Claude DUVAL, Maire de Mellé, Association des Maires de France
Brice LALONDE, Coordinateur exécutif de la Conférence Rio+20 pour les Nations Unies
Hermeline MALHERBE, Présidente du Conseil Général des Pyrénées Orientales, Association des Départements de France
Pierre RADANNE, Président 4D
François SIMON, Vice-président des Solidarités à la Région Midi-Pyrénées
Les territoires sont fondamentaux dans l’application locale des décisions mondiales. Ces décisions impliquent des changements dans les comportements individuels, changements devant être accompagnés par la démocratie de proximité. Il est nécessaire d’identifier les capacités au sein de chaque territoire, au niveau de chaque citoyen. Entre 1992 et 2012, nous sommes passés d’une logique par le haut à une logique par le bas. En d’autres termes, il est nécessaire que les citoyens s’emparent des sujets et s’approprient les solutions. Les habitants de la planète sont à la fois des citoyens locaux et des citoyens du monde. Les territoires également doivent s’interroger sur la nature de leur contribution à l’équilibre du monde. Si tout part du local, le sens des choses est aujourd'hui planétaire.


